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Photo de Louise Cusson Peintre...

       Chaque peintre suit sa trajectoire propre en fonction de son tempérament, de ses influences mais aussi des circonstances de sa vie. Si je dessine et peins depuis l’enfance, ce n’est toutefois que depuis une dizaine d’années, quand j’ai disposé d’un peu plus de temps, que je me suis mise à peindre régulièrement et que j’expose en public la production qui en résulte.

       Née en 1951 et élevée sur une « terre » à Saint-Simon près de Saint-Hyacinthe, j’ai grandi dans un foisonnement de vie : six frères et sœurs, des milliers de poulets, une cinquantaine de vaches, sept chiens et vingt-deux chats, pas mal de rats et des millions de mouches. Disposant de bien peu de jouets, la créativité venait tout naturellement à notre rescousse et une plume de poulet trempée dans du jus de betteraves nous permettait de décorer nos costumes d’indiens ou de princesses confectionnés sommairement dans le papier brun des poches de moulée. J’éprouvais un vif plaisir à griffonner des personnages sur tout ce que je trouvais : la terre battue de la cour, les murs, mes cahiers, le dessus de mon pupitre... Le plaisir décupla quand on se mit à m’offrir systématiquement une boîte d’aquarelle puis de peinture à numéros pour Noël ou mon anniversaire. Adolescente, j’ai scruté à la loupe deux Marabout Université que m’avait offerts mon frère aîné : Chagall et Van Gogh. Je rêvais, je m’y voyais déjà. Mais à l’heure des choix de carrière, imprégnée par le pragmatisme de mon milieu, j’ai complètement éliminé cette option: autonomie et survie d’abord.

       D’abord infirmière et désormais intervenante dans un organisme communautaire en santé mentale, je n’ai pu, en tant que mère soutien de famille, accorder à l’art le loisir de décrocher le premier rôle dans mon existence. J’ai toutefois cherché par tous les moyens à en conserver la flamme vive. Largement autodidacte, c’est surtout par l’étude attentive de livres spécialisés et d’innombrables exercices pratiques que j’ai peaufiné les rudiments du métier. Au fil des années, j’ai fréquenté quelque temps les ateliers de trois professeurs qui m’ont judicieusement conseillée et encouragée : M. André Robert puis Mme Suzanne Caron pour la peinture à l’huile et M. Nelson Dupré pour le dessin.

       Je caresse en secret deux rêves. Le premier, c’est d’avoir l’opportunité - et le temps - d’apprendre à faire des fresques. Étonnant pour une femme qui manie plus souvent qu’autrement un pinceau de calibre zéro. C’est que j’aimerais bien que mon travail soit accessible à beaucoup de gens. D’ailleurs mon deuxième souhait va dans le même sens : réaliser une œuvre qui rende heureux, qui fasse du bien, le temps d’un regard, un peu comme parvient à le faire une chanson préférée. J’ai de ces naïvetés qui me motivent plus que n’importe quoi et pour de nombreuses années à venir !


Avec 'Trois gars sur mon toit' et peinture

       Peindre pour moi est un geste privé, intime, qui ne supporte pas de témoins et où je m’abîme des heures durant dans un état qualifié couramment de « flow » que tous les artistes connaissent bien. J’ai expérimenté diverses gammes de couleurs pour m’attacher plus particulièrement à celle des gris colorés par mélange de complémentaires. Si la couleur pure est tonifiante, je cohabite mieux avec ces teintes atténuées, un peu feutrées. À chaque nouvelle œuvre, je m’applique à en explorer les possibilités, à en reculer les limites quitte à tricher un peu. Il y a là de quoi m’occuper pour toute une vie. Dans un style résolument figuratif où le dessin est important, je ne mets en scène que ce qui m’a d’abord touchée d’une façon ou d’une autre : un mouvement, une attitude, un contraste, une couleur... en un mystérieux amalgame de sensation et d’émotion. C’est alors un impératif : il faut que je peigne « ça » comme pour m’en libérer et le partager. Règle générale, je suis incapable d’expliquer ce qui m’a interpellée là et pourquoi j’y vois tant de beauté. Il y a sans doute d’occultes connivences entre le peintre et ce qui l’inspire.

       Certains thèmes sont récurrents. J’ai fait beaucoup de portrait tout en préférant la liberté du personnage, humain ou animal, saisi dans un instant qui révèle un peu de son intériorité. J’ai tendance à l’isoler et à le situer dans un décor plutôt dépouillé, souvent constitué d’éléments architecturaux : béton, bois, brique, métal. Il en va tout autrement quand je m’attarde au monde végétal où c’est l’abondance voire l’enchevêtrement des feuilles, des pétales et des branches qui provoque mon intérêt. Si j’ai fait très peu de natures mortes ou de paysages, les jeux d’eau exercent cependant sur moi un attrait hypnotique dans leur insaisissable mouvance et j’aimerais bien insister davantage sur cet élément dans mon futur travail.

       Pour l’instant, l’huile est le seul médium que j’utilise même si je songe à aller faire une incursion du côté de l’encre et de l’acrylique. Je veux aussi explorer pour découvrir une expression globalement plus libre et audacieuse. On dit que c’est en marchant qu’on fait le chemin : je prévois une retraite bien active.